vendredi 26 septembre 2014

Les rappeurs, poètes du XXIème siècle


Crédit photo : KKISS

Il y a quelques années, un pseudo journaliste souffrant d’une addiction au buzz qualifiait le rap de « sous-culture d’analphabètes ». Aujourd’hui, lorsque des personnes n’appartenant pas au milieu du Hip-Hop évoquent ce courant musical, il n’est pas rare de le voir associé à des stigmates caricaturaux chargés de gimmicks teintés d’irréel, de phrases exagérément ponctuées de « wesh » ou encore de raisonnements douteux. Ainsi, le rap est souvent assimilé à ce qu’on aime à appeler une culture de banlieue, comme s’il était réservé à une frange de la population, elle aussi caricaturée et dont on plaint sans savoir, le manque d’accès à la culture.

Est-il encore nécessaire d’argumenter sur l’absence de substance de ces a priori qui, comme leur nom l’indique, résultent de la méconnaissance absolue du sujet mis en cause  par ces détracteurs.

Pourtant bien loin de ces clichés, pour ma part et à plus d’un titre, les rappeurs seraient les poètes du XXIème siècle. Les valeureux sauveurs de ce que le Larousse décrit comme « l’art d'évoquer et de suggérer les sensations, les impressions, les émotions les plus vives par l'union intense des sons, des rythmes, des harmonies, en particulier par les vers ». Autrement dit, l’art de manier la langue pour saisir son auditoire, l’art de mettre en rythme les mots, l’art d’éveiller les consciences, de redynamiser l’égo ou de faire vibrer le cœur uniquement par la parole. Et lorsque je parle de poésie, cela dépasse la fameuse référence à la punchline. Cette phrase ou rime qui vous percute par sa pertinence bien amenée. Certes lorsque Joey Starr « hyperbolise » en parlant de cette fille " beaucoup plus bonne que la plus bonne de tes copines " (NTM – La Fièvre) ou lorsque Kery James accuse " les médias d’être au service du pouvoir, de propager l’ignorance et de maquiller le savoir" (Vent d’Etat), cela marque mais le talent du rap ne se réduit pas à la punchline.

Aujourd’hui, je voulais faire un clin d’œil à ces quelques rappeurs qui ont à cœur de sublimer la langue française en faisant danser les mots pour remuer les esprits.

Je chante la France - Rocé

J´ai la Marseillaise sifflée et le drapeau sous les semelles
J´ai le regard crispé sur ce pays et ses querelles
Le regard débridé et le pelage blanchi, je bégaye
Presque sans plus d´accent, les mêmes problèmes qu´il y a des décennies
[…]
Le secret et la censure créent un long silence
Un silence qui couvre et qui étouffe les cris
Et les répliques aussi, et le pays nous dit :
Chante et chante et chante la France
[…]
L´avancée d´Olympe de Gouges, dans une lutte sans récompense
Tous ces êtres dont la réplique remplaça un long silence
Tous ces esprits dont la fronde a embelli l´existence
Leur renommée planétaire aura servi à la France
[…]
Nos pays lointains sont loin, mais fiers comme une mère... patrie
Voyant son enfant parti mais qui jamais ne l´oublie
Qui défie l´intégration si d´amnésie il s´agit
Rentre dans la patrie si c´est pour en être grandi
Créature ratée - Casey

[…]

Inventeurs cravates
Créateurs gâtés, créatures ratées
Sans grandeur à cravacher
Civilisateurs sensibilisés
Par train de vie aisé hectares à dévaliser
Martyrs dans la moiteur des alizées
Moteurs d'immenses fortunes réalisées
Amateurs de belles lettres et de poésies
Frappeurs de tambours avec fracas et frénésie
Grands penseurs encensés
Petites frappes assassins
Baroudeurs résistants quémandeurs assistés

[…]

Quand le Diable est au piano - La Rumeur

[Ekoué]
Quand le diable est au piano, dès ses premières notes la mélodie du meurtre se heurte aux partitions morbides d'un homicide ou l'ombre sur l'instrument, sombre pressentiment naissant d'une détonation
claire qui me glace le sang.
Involontaire ou délibérée, quand la musique du chaos suit le mouvement saccadé, la république s'écroule à nos pieds et nos chevilles ouvrières lui piétinent sa mère.
Quand la haine répond aux appels des sirènes stridentes d'une symphonie instruite du bruit de la détente puisque comme vous dites, nous sommes des parasites. Réprimez-nous comme vous le faîtes, imprimez le deuil à nos sourires y compris pendant les jours de fête, réécrivez des pans de notre histoire entière, continuez à jouer avec nos nerfs.
 
Ce concert d'ironie noircira les murs doucement mais sûrement, au fil des heures en attendant d'y voir plus clair jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à faire.
 
Merci à ces analphabètes/prophètes.

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